Le jour où il a raté Jean-Pierre Siméon, François Bon a dû drôlement pester contre les chemins de fer...(et je l'approuve ! ... même si mon beau-frère syndicaliste y travaille...)
Pendant le voyage - aller, il n'était question que de bonnes retrouvailles , d'agapes verbales en perspective ... La joie escomptée allait donc de pair avec la fébrilité d'une pensée vagabonde et prospère. Depuis cet accident d'agenda, je ne peux plus prendre un train avec la sérénité d'antan.La dernière fois que j'ai voyagé, j'ai pensé à ...François Bon, par une sorte de réflexe Pavlovien je me suis dit que prendre un train me faisait courir le risq
ue de rater ma journée...C'est pourquoi j'ai chassé de mon cerveau l'idée même de destination... J'avais pris le train, soit ! J'allais rejoindre un parent proche, soit ! J'avais pour idée d'évaluer sa situation morale et sanitaire et de lui proposer
de réfléchir à des solutions d'aide appropriées... soit ! Impression étrange
d'être missionnée et d'être beaucoup moins que certaine d'y trouver des motifs de réassurance...La vie nous joue de ces tours là...On prend un train pour rejoindre une autre réalité que la sienne ordinaire... On y va seule pour pouvoir s'y consacrer tout à son aise. On a fait provision de livres qu'on n'aura pas le temps de lire. On aurait aimé écrire dans le train mais il nous bringueballe sans ménagement et la lumière est trop forte... On rêvasse en relisant une lettre amie à laquelle il a déjà été répondu. On a même glissé copie de la réponse dans la même enveloppe. Tous les mots dans le même espace, avec l'espoir qu'ils se contaminent et qu'ils circulent librement. On aime écrire... on aime écrire des lettres ou en recevoir...Ecrire donne des clés supplémentaires pour ouvrir sans effraction certains coeurs , certains esprits . Il ne s'agit jamais de s'approprier chaque clé mais de la laisser circuler , se perdre même... ou attendre une visite sous un gros caillou de rivière , dans un flambant pot de céramique cuite au four. N'importe qui pourrait venir la dénicher cette clé, mais elle ne trouve que des mains conniventes ...On ne s'étonne plus... On prend le train avec la clé virtuelle qui ouvre , on le croit, à peu près toutes les voix de poème... La vraie destination n'en sera qu'allégée... çà aussi, on le croit... Et on descend du train...
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